Frites et Churros : à Ennemain, le grand pot de départ du FN

Le Front national était réuni autour de sa candidate, Marine le Pen, dans un village de Picardie : Ennemain, 230 habitants. Une « fête populaire », où la candidate s’est exprimée une quarantaine de minutes contre « le système », au milieu des baraques à frites et de ses militants de la première heure.
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Il est 19h18, Marine Le Pen sort de la Mairie d’Ennemain sous une musique assourdissante, après la traditionnelle diffusion de son clip de campagne, et gagne la scène rapidement, face à un parterre de militants convaincus. Ce jeudi, la candidate donne son dernier meeting de campagne dans à Ennemain (Picardie), 230 habitants. La sécurité peine à faire reculer la foule, artificiellement massée vers la scène : l’espace est restreint dans ce petit village, pas vraiment habitué à recevoir des meetings. Le FN est arrivé en tête au premier tour à Ennemain, avec 37,65 % des voix.

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En terrain conquis, Marine Le Pen fait le bilan de sa campagne : « J’ai imposé le peuple à la table des puissants ! » et cible le système : en bloc, les médias, l’oligarchie et surtout Emmanuel Macron, qu’elle traite comme au débat d’« enfant chéri du système ». Un discours assez classique où elle fait siffler la presse et obtient un franc succès quand elle évoque la préférence nationale : « Vous avez les clés de la maison France. »

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Selfies et sweat Marine Nationale
À l’origine de l’événement, le maire sans étiquette, Patrice Grimaux, écoute depuis le balcon de la petite mairie. En début d’année, il a donné son parrainage à Marine Le Pen car « un de ses délégués était venu ». Il ne croyait pas vraiment à un meeting sur ses terres. « Je l’ai invitée, elle est venue, à ma plus grande surprise ! », commente-t-il, ravi. Les habitants, eux,  oscillent entre attirance pour le projet de Marine Le Pen et incompréhension : le meeting n’a pas été annoncé, les habitants pas consultés.

En guise de before à ce dernier grand coup de com’, Florian Philippot fait une arrivée remarquée. « Florian ! Florian ! » : les militants veulent prendre des selfies avec le vice-président qui arbore un sweat « Marine Nationale ».

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La famille est au complet : David Rachline et Sébastien Chenu sont là. Il y a même Franck de Lapersonne qui fait la chenille. Wallerand de St-Just mange des frites. Steeve Briois, président par intérim du parti, reste en retrait. Peut-être souhaitait-il que le meeting ait lieu à Hénin ? « Oh non, vous savez, on ne peut pas tout faire à Hénin ! » répond-il, crispé.

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La fête foraine du Front
Tous le martèlent, il s’agit ce soir-là de rendre hommage à la « France des oubliés par le quinquennat de François Hollande, la France rurale ». Le cadre se veut festif. C’est la fête foraine du Front : food truck, bar, boutique de goodies – « la rose marche toujours très fort en ce moment », et tentes escamotables sont face à la scène. Une réunion publique « improvisée », insiste le maire, qui n’aurait été mis au courant que lundi. Pourtant, les forains sur place ont dit avoir été sollicités par le parti il y a trois semaines. Bien préparé, le tout ressemble plus à un grand pot de départ d’une famille FN réunie pour le dernier tour de piste de sa candidate.

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Les militants sont fébriles : ils se massent et se pressent autour des personnalités du parti, veulent des autographes, des photos, signer des t-shirts. Eux-mêmes sont venus en famille : les enfants fredonnent « On est chez nous ».

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Marine Le Pen peut sortir sa phrase-choc, tous les médias sont présents, attentifs. Ils sont venus en nombre : même les télévisions internationales sont présentes au fin fond de la Somme. Les journalistes écoutent cette anaphore, parqués à côté des churros. « Je suis la veuve du paysan qui s’est suicidé hier soir, je suis le chauffeur de taxi qui paye sa licence 200 000 euros, je suis le chef d’entreprise qui voit sa commande publique me passer sous le nez […]. » Marine Le Pen se fait celle qui défend ces « opprimés ».

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« Je suis fière de votre amour ! »
La candidate frontiste clôt sa campagne avec lyrisme. « Je suis fière de votre amour ! », répond-elle finalement aux « Marine, on t’aime ! ». Certains ont fait 400 kilomètres pour ce discours. Beaucoup l’ont trouvée « à la hauteur » dans le débat de la veille, mais préfèrent « voir Marine en vrai ». Car oui, ici tout le monde ne l’appelle que par son prénom, en précisant – la famille, encore – que « c’est une mère ».

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Musique. Marine Le Pen s’éclipse dans la mairie, escortée par les membres du service d’ordre du FN, le DPS (Département protection sécurité), qui malmène et pousse les journalistes, intimant à un perchiste de se taire. Quelques militants privilégiés pourront faire des selfies avec la candidate, qui s’éclipse rapidement. Pour Éric Richermoz, jeune secrétaire départemental de la Somme, c’est un succès. Lui a compté 5 000 personnes sur le petit-terre plein – un chiffre largement surestimé. Même satisfaction du côté du maire, qui estime néanmoins qu’il a été « débordé ».

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La fête durera jusqu’à 22h. « Après, extinction des feux ! » promet Éric Richermoz. Un concert de reprises pop commence. Les militants sont satisfaits mais un peu tristes, orphelins de leur candidate repartie si vite. Tous veulent y croire pour dimanche. Mais ce soir, elle n’est pas restée avec eux pour cette grande « fête populaire ».

Textes : Juliette de la Salle et William de Lesseux

Photographies : Clément Bolano

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