Second tour : Ces citoyens qui refusent de choisir

« Ni Macron, ni Le Pen ! »

Jeudi 27 avril, des Lillois avaient la gueule de bois. Pour cause : les résultats du 1er tour de l’élection présidentielle. Macron ou Le Pen ? Afin d’exprimer leur mécontentement, des internautes ont décidé d’organiser des évènements de rue, à travers la France.

Nous voici place de la République à Lille, à la rencontre de ces citoyens déçus, mais néanmoins investis dans la politique de leur pays.

Le motif de leur rassemblement : « Montrer qu’ils refusent de choisir entre « l’extrême droite » de Le Pen, et le « libéralisme extrême » de Macron. »

Parmi eux, qui retrouvera-t-on aux urnes le dimanche 7 mai ?

BLN_4051Isabelle, 46 ans, consultante en bâtiments durables, Loos-en-Gohelle

« En 2002, il y avait un engouement contre le FN. Aujourd’hui il n’y a pas grand monde. Les extrêmes deviennent la normalité, ça me fait peur. Enfin,même si des gens ont des difficultés, pas besoin d’en arriver à ces solutions. Une amie Kabyle vient de se faire agresser dans le tram, quelqu’un lui a crié « Vivement que Marine Le Pen soit élue ! ». On va chercher les peurs des gens, on nivelle vers le bas…
Je ne voterai pas pour Macron mais contre l’autre ! Pour sauver le pays de ce délire, on vaut mieux que ça. On n’est pas tous blancs dans ce pays. Je voterai avec un brassard de deuil (rires). Les cons et les fachos iront voter, eux ! C’est trop risqué.
Je travaille dans l’environnement, ça devrait être un de nos critères de choix. Les politiques n’écoutent pas. C’est ça le problème ! La plupart des gens dans la mouise n’ont que la solution des extrêmes, mais en faisant ça ils mettent tout le monde dans le même bateau. Je me suis souvent abstenue, mais je me suis rendue compte en 2002 que des gens se sont battus pour notre droit.

Avec l’abstention et les votes blancs, Macron va être élu avec quoi, 20 % des voix ? On devrait recommencer les élections. Il n’a pas de quoi être fier. Élu par moins d’un quart de la population, c’est pas normal … »

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Marie, 19 ans , Célénie et Ilian, 18 ans ; étudiants en droit et en sciences exactes de l’ingénierie. Lille
Célénie : « On est surtout là pour se faire entendre. Je ne suis pas d’accord avec le résultat, ni avec ces deux personnes au second tour… J’irai voter, je ne sais pas encore si je voterai blanc ou pour l’un de ces deux candidats mais j’irai. »
Ilian : En même temps c’est dangereux de ne pas aller voter. J’ai trouvé que l’écologie était trop peu présente au premier tour. C’est bien aussi de parler d’international, d’économie, mais on oublie les sujets plus terre à terre comme les acquis sociaux. Peut-être qu’il y a des intérêts privés en jeu… »
Marie : « La campagne m’a évoqué beaucoup de faux. Certains candidats ont parlé du handicap, des ouvriers… juste pour enrichir leur discours, mais sans vraiment proposer quelque chose pour eux. »

Ilian : « Ils pourraient même, sans passer par la politique traditionnelle, soutenir des associations, etc. Ils ne font même pas ca, ça montre bien qu’ils n’en ont rien à faire. »
Marie : « Certains sujets sont tabous : la prostitution, les SDF (en dehors des périodes d’hiver)… »

Célénie : « Ou alors on parle des SDF, mais pour lutter contre l’immigration, ce genre de choses. »

Marie : « On ne va pas voter pour la haine d’un coté, ni de l’autre pour quelqu’un qu’on connaissait déjà, qu’on a déjà vu pendant 5 ans… »
Célénie : « Si Macron passe là… Ca ne fait que retarder la fatalité, Marine Le Pen passera en 2022 ! »

Ilian : « Ca sera plus facile de reconstruire derrière Macron, même si il y aura des délocalisations, des licenciements, des baisses d’effectifs… que derrière Le Pen. Il y aura des émeutes, des conflits raciaux avec elle, c’est compliqué de vivre après ça. Si on ne va pas voter, un adhérent FN convaincu ira, lui ! »

Célénie : « Il m’énerve Macron, c’est un démagogue ce type ! C’est pas un politicien, c’est un banquier. »

Ilian : « Dans cette élection il y a eu aussi des malversations, on en a peu parlé. »

Marie : « Oui, sauf sur les réseaux sociaux : il y a eu des irrégularités de vote, des gens radiés des listes, un président de bureau à Marseille qui a disparu 45 minutes avec des bulletins de vote… Des gens ont essayé d’en parler sur les réseaux sociaux mais ça n’a pas eu d’effet. On a un peu l’impression de s’être faits « couillonner », si je puis dire. »

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Marie-Lou, 19 ans, étudiante en sociologie et Ronan, 24 ans , en recherche d’emploi (Ils ne se connaissent pas)

Marie-Lou : « Ni Le Pen , ni Macron, un vote blanc revendiqué ! Les abstentionnistes sont pointés du doigt, critiqués alors que [on leur donne pas l’envie de s’intéresser à la politique? »

Ronan : « Il y avait du soleil aujourd’hui, je me suis dit, pourquoi pas venir ? C’est ça aussi les manifs’, les luttes sociales, prendre du temps agréable pour discuter,échanger…
Depuis très longtemps, on va dire depuis Mitterrand/Thatcher, on pousse vers toujours plus de marché. On nous parle de rembourser une dette énorme… »
Marie-Lou : « Pour moi l’opposition va être conséquente pendant ce quinquennat. Le vote blanc permet à l’opposition de se baser sur des éléments légitimes de contestation. »

Ronan : « La dette, ça pourrait être à cause de Goldman Sachs ou d’autres que cela ne me poserait pas forcément de problème à priori. Le problème c’est qu’on va chercher les intérêts de cette dette auprès de personnes, et notamment des pauvres qu’on montre ensuite du doigt, parce qu’il n’arriveraient pas à tenir un budget.

Il y a des questions qu’on devrait se poser plus en détails. « Qu’est ce que l’économie ? », par exemple. C’est une question scientifique qu’on devrait se poser au niveau politique aussi. On sait par exemple que ces deux communautés (scientifique/politique) sont divisées entre orthodoxes (ceux qui suivent les règles) et hétérodoxes (ceux qui refusent les règles).

On ne se demande pas ce qui devrait être enseigné dans les universités, etc. Je fais partie de cette communauté d’hétérodoxes, notamment dans le milieu universitaire. Je soutiens les Économistes Attérrés, qui ont écrit une lettre à ce propos au gouvernement.
La dette est une conséquence, mais aussi un outil. Mais doit on vraiment rembourser cette dette dont on ne sait pas trop d’où elle vient ? »

Marie-Lou : « Je revendique une politique incarnée par les citoyens, un peu comme à Nuit Debout. Là c’est une vaste mascarade. Cela donne toujours la même chose, un État libéral.

À Nuit Debout, il y avait à peu près toutes les nuances de gauche…ça n’est pas assez pluraliste, soyons honnêtes. Mais l’enjeu d’aujourd’hui est d’amener aussi la politique dans les quartiers populaires : par exemple la Vème République de Mélenchon aurait pu marcher, mais pour ça il faudrait que les gens se saisissent de la citoyenneté. Aujourd’hui celle-ci se vit de manière passive. On peut imaginer une révolution qui court-circuiterait le système ; c’est pour ça que j’appelle aujourd’hui à voter blanc. »

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